Togo/Le candidat Agbeyome Kodjo contraint de reconnaître, sous menace, la victoire de Faure Gnassingbé

Pour une première fois depuis l’avènement de la démocratie au Togo, un candidat de l’opposition à la présidentielle  est interdit de réclamer sa victoire. Il est réduit au silence. Pour le contraindre d’accepter  la victoire de son adversaire, Faure Gnassingbé, une victoire  qu’il conteste, on fait planer une épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Gabriel Agbeyome Kodjo a le choix entre sa mise en liberté contre le silence et l’emprisonnement. « Vous voulez regagner votre domicile et vous taire à jamais, ou on vous jette en prison ? ». Telle est la lecture que l’on peut se faire des conditions qui ont permis la libération sous contrôle dont a bénéficié le candidat de la dynamique Kpodzro dans la nuit du vendredi 24 avril 2020 après plus de 72 heures passées dans les locaux de la Gendarmerie nationale.

Pour que M. Gabriel Messan Agbeyome Kodjo et sa suite soient remis en liberté conditionnée  dans la nuit d’hier, il leur a fallu en effet avaler des couleuvres. Les conditions suivantes leur ont été en effet  imposées :

  • Interdiction de faire toute déclaration tendant à la remise en cause des résultats du dernier scrutin présidentiel du 22 février 2020 ;
  • Interdiction de tous propos, déclarations ou attitudes tendant à remettre en cause et à saper l’ordre constitutionnel et institutionnel existant ;
  • Interdiction de quitter le territoire national sans note d’autorisation expresse ;
  • Obligation de déférer aux différentes convocations aussitôt qu’il en sera requis.

Après analyse de toutes ces conditions posées, on a l’impression d’assister à une compétition où l’adversaire le plus physiquement fort interdit à son challengeur  de contester la victoire qu’on lui a volée. Et pour le faire taire, on lui brandit une menace de séquestration s’il s’entête à vouloir une fois encore se plaindre de la tricherie qu’il a subie.

On se souvient qu’en 2010, le candidat Jean-Pierre Fabre a passé environ quatre ans à contester les résultats de l’élection présidentielle qu’il estime être issus de la fraude massive. Nulle part, il ne lui a été interdit de manifester dans la rue avec ses militants et sympathisants. On ne lui a pas interdit de tenir des « déclarations tendant à la remise en cause des résultats du scrutin ». En 2005, Akitani Bob s’est auto-proclamé président de la République, il ne fut ni menacé, ni arrêté.

   Toujours en 2005, Faure Gnassingbé en personne a perpétré un coup d’Etat constitutionnel en se faisant Président de la République sans aucun respect de la loi fondamentale. Il sera plus tard ramené à l’ordre suite à des pressions de la rue et de la communauté internationale.  Plusieurs centaines de morts ont été enregistrées par la suite à cause de son élection contestée. La justice ne trouve rien à dire là-dessus jusqu’à ce jour. Faure Gnassingbé n’a jamais été interpellé par la justice  pour « cette attitude  qui a sapé l’ordre constitutionnel et institutionnel » provoquant un grand nombre de  morts, de blessés et de réfugiés.    

Pourquoi donc aujourd’hui, on s’efforce d’échanger le silence d’un candidat mécontent contre une menace d’arrestation et d’incarcération ? Se demande-t-on. Est-ce à dire que désormais au Togo, l’on est tenu d’accepter tout résultat d’élection donnant Faure Gnassingbé gagnant si l’on ne veut passer une bonne partie de sa vie en prison ? « Acceptez ma victoire, qu’elle soit volée ou non ou alors, je  vous jette au gnouf ». Voilà à quoi s’apparente la situation qui prévaut actuellement au Togo.

  Dans aucun  pays démocratique au monde, il n’est jamais interdit à un candidat se sentant volé  lors d’une élection de contester les résultats proclamés. La justice togolaise est plus que jamais réduite à un instrument de neutralisation de toute force opposée au régime en place et c’est bien déplorable dans un Etat dit de droit.

 Nouvelecho.info

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